J’écris pour ça.

Hier, j’ai reçu ce courriel d’un lecteur, qui m’a autorisé à le reproduire. Il s’appelle Luc Blanvillain, et je le remercie. Parce que grâce à lui, toute trace d’aigreur à déserté mes synapses, grâce à lui je sais que je vais continuer à écrire – et affirmer cela n’est pas faire injure à ceux qui m’ont déjà dit ou écrit de jolies choses sur Entre toutes les femmes (coucou Bertrand, Nathalie, Hélène, Keisha, Julia…), les mots de Luc viennent simplement fixer une fois pour toutes, comme une couche de vernis, les effets bienfaisants des leurs.

Votre livre m’a beaucoup plu. Les symptômes sont indiscutables : addiction, rêves tourmentés après l’avoir posé sur ma table de nuit, supputations incessantes sur la suite, multiplication des cornes, au fil des pages, retours en arrière, relectures. Et, malgré ces allers et retours, je l’ai avalé en quelques jours.
J’ai aimé, d’abord (je glisse un « d’abord » pour créer un effet de structure. Ensuite, j’empilerai des remarques décousues, bien que cette métaphore manque de cohérence) ne pas du tout savoir où vous me meniez. Impossible de prévoir ce que serait ce récit. Politique-fiction, sociologie-fiction, sexe-fiction, fiction-fiction. Vous nous baladez avec bonheur entre les genres, sans jamais nous lâcher, sans esbroufe non plus. Après coup, toutes les bifurcations apparaissent nécessaires. Les personnages existent, surtout Marco, Igor, Hanni et, bien sûr Cybèle. Et Gabrielle ? Oui. Mais je l’ai un peu moins aimée, elle s’énerve tout le temps. A juste titre, sans doute, mais tout de même. J’ai retrouvé un plaisir ancien, celui du lecteur de Métal Hurlant, que je fus avant la Grande Catastrophe de l’âge adulte. Pourquoi Métal Hurlant ? Je ne sais pas. Votre récit a un côté vintage 80’s et, à mes yeux, c’est un vrai compliment. La silhouette de cet empereur psychopathe m’a rappelé certains dessins de Moebius.
Ensuite (oui), bien sûr, la truculence lexicale, le grouillement de mots rares et précieux et sonores, une jubilation flaubertienne, époque Salammbô (celle de sa collaboration avec Druillet), les images très charnelles, bouchères parfois, toujours sensibles. Le réalisme des sentiments naît, étrangement, de la démesure de l’intrigue, des décors, des figures. On est (j’étais) dans un cauchemar verbal. Des créatures monstrueuses, en perpétuelle métamorphose, en qui l’on (je) se reconnaît/s.
Cauchemar, oui. Ce roman m’a beaucoup angoissé. Il pointe toutes nos terreurs. Les passages d’analyse politique sont incisifs, précis, affolants. Personnellement, je partage la prétendue naïveté d’Arsène-Cybèle. Le regard porté sur notre monde me semble impitoyablement juste. Vous faites sentir la fragilité des fausses évidences qui nous façonnent. Fragilité aussi de la liberté, viscosité de l’aliénation consentie, lâchetés déprimantes.
J’ai bien apprécié les clins d’œil, les noms glissés dans la trame, les appels à une connivence fraternelle, qui me consolait un peu de la noirceur apocalyptique de l’histoire. Vous aimez Jaenada ? J’ai adoré Le cosmonaute. Avez-vous pensé à La Carte et le territoire, en apparaissant comme personnage dans votre histoire ?
Et, bien sûr, bien sûr, ce qui reste, et qui retentit longtemps, c’est une voix. La vôtre. Très originale, très personnelle, très libre. Revigorante et roborative. Par rapport, oserai-je le dire, à beaucoup d’auteurs français du roman, d’écritures soi-disant blanches. Aphones.
Merci pour ces très beaux moments.

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3 commentaires

  1. Et bien voilà une critique qui donne très envie de vous lire! Puis-je me permettre de vous demander où vous en êtes de votre beau projet? Je suis originaire de la région, j’ai donc lu avec attention quelques articles dans la presse et trouve ce projet tellement intéressant. Je vis un peu loin depuis un an et n’ai donc pas tout suivi avec assiduité!

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