Message subliminable

Pourquoi France Inter, station de service public, nous inflige-t-elle pluri-quotidiennement, des nouvelles de la bourse, à peu près à la même fréquence que des bulletins météo ou des points sur la circulation routière ?
Bon, la météo, on comprend ; le trafic routier, c’est déjà plus idéologique – pourquoi pas un point « trafic ferroviaire » ?
Passons…
Mais l’évolution du CAC40, la hausse de telle valeur, les prises de bénéfices qui entraînent une baisse à la clôture, en quoi cela relève-t-il du service public ?
Six millions de « petits porteurs » sur une population majeure de 45 millions de personnes, cela représente 13%. France Inter considère donc cette minorité comme importante, plus que celle possédant des animaux de compagnie (17,5 millions de chiens et chats en France), par exemple, qui n’ont droit à aucune chronique.
En plus, sur ces 13%, on peut penser que la grande majorité a souscrit « à l’aveugle », en faisant confiance à son banquier pour un PEA (Plan Épargne Actions), et ne se soucie pas, chaque soir en se couchant, de savoir si ses actions ont gagné ou perdu quelques nanopourcents. Ce qu’il veut, l’épargnant, c’est toucher du 7% l’an.
Il existe en France quelques personnes, aux facultés mentales ou morales altérées, qui investissent plus gros en bourse, se passionnent vraiment pour les petites courbes, les gros bénéfices et l’appât du gain. Quand je serai au pouvoir, je les ferai soigner. En attendant, ceux-là, de même que les banquiers, les financiers, les spéculateurs, suivent l’évolution des cours et des valeurs en temps réel sur Internet, Bloomberg TV, lisent Les Échos, mais ce n’est certainement pas sur France Inter qu’ils vont dégoter des tuyaux pour leurs pompes à phynances.

Donc plusieurs fois par jour, sur une radio de service public, on nous embrigade sournoisement, on nous sert une douceâtre propagande en nous faisant croire que la bourse est aussi naturelle dans le paysage que la pluie et le beau temps, aussi inévitable que les bouchons sur l’A1 et les ralentissements Porte d’Orléans. La bourse, même si tout le monde s’en fout – et je pense que c’est véritablement tout le monde -, fait partie du décor ; et se trouve de facto légitimée cette organisation du monde qui place l’économie en général, et la finance en particulier, au cœur décisionnaire de notre société.
Grâce à Jean-Pierre Gaillard et à ses successeurs radiophoniques, on ne remet pas en cause le dogme de la croissance, les agences de notations, on ne pend pas nos banquiers, on comprend qu’il faut faire des sacrifices pour désendetter le pays ; grâce à Jean-Pierre Gaillard et à ses successeurs radiophoniques, on comprend que les salariés renoncent aux 35 heures, on sait que c’est dur, c’est la fin des RTT mais pour notre bien, c’est ça ou on déménage l’usine en Moldavie.
Grâce à France Inter, on comprend que le capitalisme est le stade ultime du service public.

(PS : je voudrais juste mentionner, avant d’oublier, les trois spécialistes censés représenter des points de vue différents qui débattaient l’autre jour sur France Inter à propos des retraites. Pas un n’a remis en question la place du travail dans notre organisation sociale. Pas un. Des années qu’il n’y a pas assez d’emplois pour satisfaire tous ceux qui « voudraient » travailler et personne ne se demande s’il ne serait pas temps d’en tirer des conclusions ! Enfin : personne sur France Inter… (sauf Mermet))

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