La visite imPorTante

SaorgeCentralisation et technocratie sont deux des plus puissants ennemis du bonheur, songeai-je en tartinant de miel local le pain local, soleil levant dans ma face béate d’apatride bienheureux.
Chef nous avait quitté la veille, après une visite-éclair de moins de 20 heures, TGV première classe et limousine de location pour grimper jusqu’à nous, voir comment on pouvait faire des économies et rentabiliser le Lieu.
Bah oui, soyez un peu modernes les chéris, aujourd’hui, on rentabilise les chambres d’hôpital, les PTT, son temps, sa vie sentimentale, hop ! hop ! du rendement, un euro dépensé par l’Etat doit en rapporter deux, scions les branches mortes, éliminons les faibles et faisons cracher de la thunes à nos Monuments Nationaux, le patrimoine, ça se place mon bon monsieur, comme son nom l’indique, pourquoi un monastère franciscain perché dans les Alpes et inaccessible en bagnole ne nous pondrait pas un petit 4,5% lui aussi, hein ?
Il faut dire que Directeur, un vieux rétrograde vermoulu d’idéaux passéistes, avait tout fait à l’envers. Pensez donc : il organisait des concerts GRATUITS dans la chapelle XVIIe, des expositions, accueillait en résidence des artistes DU MONDE ENTIER (oui, oui, vous avez bien lu, sans préférence nationale, dans un monument national…) et promouvait des valeurs absurdes comme la passion, la créativité, la générosité, l’humanisme, valeurs que Chef ne comprend pas, et qui d’ailleurs, monastère ou non, ne sont plus en odeur de sainteté sous nos cieux radioactifs. C’est donc tout à fait normalement que Directeur s’est fait virer, ayant eu l’impudence de se battre contre un projet de transformation du Lieu en hôtel de luxe.
Chef n’avait jamais entendu parler du Lieu avant. Rien d’anormal, Chef est un hoMMe imPortAnt, aussi (et avant tout) responsable de deux Monuments tRRRRèès imPortAnts et tRRRRèès visités de la KapiTale – il vous l’apprend dans les cinq premières minutes et de ensuite ne vous laisse jamais une chance de l’oublier (car Chef n’écoute pas (mais il fait très bien semblant, en lâchant des petits « hmm » à intervalle régulier), Chef parle et ordonne (sans avoir l’air de le faire, il est très fort Chef, ils apprennent ça dans leurs écoles pour devenir chefs je suppose.)).
Chef étant un hoMMe imPortAnt, ses idées sont subséquemment et irréfragablement excellentes – donc ne se discutent pas.
D’ailleurs, il en a plein pour le Lieu, des idées. Et même des aMbiTions, alors qu’il est venu rentabiliser – c’est à ça qu’on reconnaît un chef up-to-date : il est capable d’avoir une vision à la fois grandiose et pas chère.
Dans le Lieu, il y a quelques petits problèmes en suspens, en particulier concernant le personnel, sous-payé, en contrats précaires et obligé, pour que ça tourne, d’en faire plus que prévu dans ledit contrat précaire. Sous le règne de Directeur, le personnel ne mouftait pas trop parce que tout le monde était dans la même aventure, logé à la même enseigne, et qu’il avait l’impression d’être utile, le personnel mal payé, de participer ; il se sentait impliqué et concerné. Moins désormais, enfin il ne sait pas, alors il veut discuter un peu avec Chef, le personnel.
Mais Chef est venu en TGV première classe et limousine de loc’ pour un truc bien plus important que les revendications des interchangeables – qui devraient déjà être bien contents d’avoir du boulot dans cette région (Estro)sinistrée.

Chef est venu parce qu’il veut repenser le jardin.

Subséquemment et conséquemment, il n’est pas venu seul de la KapiTale mais accompagné de Gardener, TGV première classe aussi (et défraiement je suppose, pour les frais de bouche, plus jours de récupération pour un déplacement en province, faut bien ça), vous comprenez, Gardener s’est occupé des jardins de Saint-Cloud, de Patati, de Patata, de vrais beaux jardins avec pleins de visiteurs, et c’est vrai que les bons jardiniers, on ne les trouve qu’à Paris, sans compter que ceux d’ici risqueraient de connaître la flore locale, le rythme des saisons et la qualité de la terre, et ne sont pas potes avec Alain Baraton et Nicolas (pas le jardinier, l’autre (le peintre ?…).).

En repartant, Chef m’a dit qu’il avait emporté mon roman pour le lire ; il a paru un peu déçu que je ne fonde pas en larmes de reconnaissance en me jetant à ses pieds. Est-ce pour se venger qu’il a lâché, quand il a appris que j’avais fait le DESS de Gestion des Institutions Culturelles : « Ah ? Malheureusement, ça ne débouche sur rien ce diplôme. » ? Même pas. Et je crois que j’aurais préféré qu’il soit méchant. Mais non, Chef a balancé ça sans réfléchir ni se rendre compte de ce qu’il disait, car d’une part il ne prend pas les autres en considération, et d’autre part il méprise les fainéants d’artistes en résidence dans SON Lieu, il méprise tout ce qui est socialement en dessous de lui en fait.

Avant de partir, il a jeté un coup d’œil par la fenêtre sur l’esplanade devant le monument. « Ah, il y a aussi ce local à poubelles dont il faut que je m’occupe. Il est vraiment laid. »

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Gran escroquerie : l’opportunisme en bas de chez moi.

la-grenouille-et-le-boeuf2-112x150Je les accumule tellement que je vais finir par croire que je les cherche, les déceptions livresques.
Après Tavarès, Quiriny, Zeh, Vasseur, Iegor Gran rejoint le club, ou plutôt n’en sort pas car si Ipso Facto m’avait profondément réjoui, j’avais trouvé Thriller tout à fait dispensable.
Mais là, j’y croyais : le ton corrosif de Gran s’attaquant à l’écolo-tartufferie, à la bien-pensance verte, au green-washing, j’en salivais d’avance ! Et le bougre arrivait en terrain conquis car YAB l’hélicologiste, Hulot l’Ushuaïologiste et la nouvelle religion du développement durable me font gerber (mes aliments bio, et alors ?).
Las…
L’écologie en bas de chez moi sent le pamphlounet opportuniste, l’occasion de polémiquer gentiment sur un thème porteur, en sachant qu’on sera invité sur France Inter, qu’on fera bander Libé et Télérama – et peut-être Les Inrocks, nous reparlerons de la mue (abo)minable de ce journal très bientôt. J’aurais dû me méfier de l’unanimité des chroniqueurs du Masque et la Plume ; que même Arnaud Viviant s’enthousiasme (à sa mesure, hein…), c’était louche.
Gran fait donc le malin pendant 181 pages*, dont la moitié d’insupportables notes de bas de page, qui n’en ont d’ailleurs que le nom tant elles prennent de place, fragmentant une lecture déjà pénible.
On y apprend qu’il est un peu obsédé sexuel, un peu scato, que sa femme s’appelle Elizabeth, que ses voisins sont tous cons et que son ancien meilleur ami habite à Levallois-Perret. Ce « récit » (ce qu’annonce la couverture) est censé « raconter » la fin de cette amitié, à cause de l’écologie (ce qu’annonce la 4ème de couverture), plutôt une bonne idée ; mais l’écriture est bâclée (on croit à chaque page entendre un directeur de collection murmurer: « Faudra être prêt pour le Salon du livre, Iegor ! »), les personnages effleurés et/ou caricaturaux, le seul qui s’en tire étant Gran, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Car l’auteur s’est croqué en sorte de Bacri écolophobe, de mauvaise foi, certes, mais avec auto-dérision ; plein de défauts (individualiste, égoïste, etc.), certes, mais qu’il reconnait et dont il essaie (sans y parvenir beaucoup) de nous faire rire avec lui.
Son propos est confus, petitement nihiliste, et son ex-ami Vincent apparaît presque plus sympathique que lui (plus humain au moins), tant on se doute que dans la vraie vie Iegor Gran doit pouvoir être une parfaite tête à claques. D’ailleurs, on se dit à la lecture que la brouille, c’est plutôt de sa faute que de celle de Vincent, dont la manière urbobaine de se donner bonne conscience n’est pas plus méprisable que la posture suffisante et hautaine de Gran. La logorrhée de références alignées par celui-ci ne sert qu’à masquer cette gangrène de l’humanité qu’est le cynisme – mais c’est pas de sa faute, il est slave.

*(15,5€ les 181 pages, je note une nouvelle fois que Qu’avez-vous fait de moi ? reste imbattable rapport nombre de pages / prix)

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Autoscopie

Il y a les talents purs et les génies précoces.
Ceux que l’on remarque tantôt, les nimbés d’aura, ceux qui ont don.
Il y a les habités, les prédestinés.
Ceux qui ont un nom ou un carnet d’adresses.
Celles dotés de courbes dont on fait les raccourcis, ceux qui d’une moue après un bon mot savent faire fleurir la louange.
Les jubilatoires.
Les beaux parleurs et les missionnaires.
Ceux qui rencontrent la bonne personne, sont au bon endroit au bon moment. Ceux qui ont un parcours incroyable, une féconde névrose, soif de réussite, les crocs acérés ennemis du parquet.
Ceux qui jouent des coudes, s’assoient sur les scrupules.
Il y a les magnétiques, les rythmiques, les oreilles absolues ; les fleur-de-peau, les médiums, les extraordinaires.

Je suis un laborieux.

Et alors ?

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Je n’ai pas le temps, je file, ma carrière est en jeu…

NoirDesir-300x190N’y a-t-il que moi (depuis que j’ai écrit « le roman des années 2000 » je note chez moi une tendance soulignée à la mégalomanie) que le retour de Bertrand Cantat sur scène mette profondément mal à l’aise ?
Dieu sait que je l’ai aimé, ce groupe, et que j’ai admiré Bertrand Cantat, ce pendant une quinzaine d’années tout de même, depuis l’achat en 1987 de leur premier vinyle 6 titres (Où veux-tu qu’je r’garde ?) chez ma petite disquaire de Quimperlé… Car NwarDez n’a fait que se bonifier jusqu’à 666.667 Club, album parfait.
Ce soir de 1994 où, après un concert de Shoulders à Bordeaux (dont j’étais tour-manager à l’époque), je vis débarquer Cantat sur le côté de la scène, qui me demanda s’il pouvait aller féliciter le groupe en loges, je crus m’évanouir comme une vulgaire groupie enamourée. Je n’en laissai rien paraître et jouai le mec sûr de lui et distant, comme il se doit dans le milieu rock indé.
Je ne sais même plus de quoi nous parlâmes pendant une demie-heure dans les loges en buvant du mauvais vin (Denis Barthe était là aussi ; il faisait des blagues relous)…

Bref, ensuite vint le drame, sur lequel je n’ai aucune envie de m’étendre, ce n’est pas le propos. Considérons que je suis un bon citoyen, qui respecte les décisions de justice.
Oui, le retour sur scène de Bertrand Cantat me met mal à l’aise. Déjà parce qu’il est sournois, par la bande, en scred mais pas trop, un truc pas franc du collier. Eût-il déboulé avec Noir Désir dans un concert, ou avec un album, uniquement centré sur sa perception du drame (bordel, ça doit en faire un paquet de sentiments et de sensations quand un truc pareil t’arrive !), peut-être n’aurais-je pas eu la même réaction.
Quoi que…
Parce que je pense viscéralement, profondément, que Bertrand Cantat, et ça coûte à un ex-admirateur d’écrire cela, devrait s’interdire d’avoir désormais une vie publique ; surtout une vie de rock star.
Par respect pour celle qui fut sa compagne, pour la famille de celle-ci, pour toutes les femmes battues du monde.
Marie Trintignant est morte, et c’est lui qui l’a tuée.
Comment peut-il décemment remonter sur scène, s’offrir à la bruyante adoration des foules? Va-t-il chanter « et tous nos points communs dans les dents » (Les Ecorchés) ? Et, accessoirement, en retirer de copieux bénéfices financiers?
Ça ne vous choque pas?
Et si c’était Marie Trintignant qui avait tué Bertrand Cantat ? Croyez-vous que les journalistes à courte vue et les fans tellement transis qu’ils ne réfléchissent plus eussent accueilli le retour d’icelle au théâtre ou à l’écran avec le même engouement ? La même avidité ?
« Ah mais Cantat, il a payé sa dette à la société », me répondra-t-on. Nous sommes d’accord. Cela empêche-t-il toutefois d’avoir de la dignité – celle de faire profil bas ? Ce n’est pas parce que nos dirigeants politiques et nos capitaines d’industrie ne sont pas exemplaires que Bertrand Cantat, qui ne s’est pas privé de donner des leçons en interview et dans ses chansons (et tant mieux !), doit leur emboîter le pas.
Car c’est là un argument de poids en faveur de la privatisation définitive de Bertrand Cantat : quand on a fauté aussi lourdement alors qu’on a autant prétendu moraliser, on ne peut que se faire tout petit, même une fois sa peine tirée.
Cela m’amène à la conclusion que soit Bertrand Cantat est dépourvu de ces belles valeurs qu’il mettait si bien en musique (faites ce que je dis, pas ce que je fais), et c’est décevant, soit il passe outre parce que son ego est trop fort, et c’est décevant.
J’aurais espéré un soupçon d’élégance, un poil de classe, le silence…
Les profits immédiats… Les faveurs des médias… Les petits rois de pacotille tiennent quand même à leur trône, on dirait. On n’est décidément pas du même monde, camarade Bertrand, et ta planète n’est pas jolie-jolie. Et je te jure que ça me fait mal parce que j’ai l’admiration difficile.
Putain, ça à l’air vraiment dur d’être un héros. Même les plus sombres ont besoin de la lumière on dirait…

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Message subliminable

Pourquoi France Inter, station de service public, nous inflige-t-elle pluri-quotidiennement, des nouvelles de la bourse, à peu près à la même fréquence que des bulletins météo ou des points sur la circulation routière ?
Bon, la météo, on comprend ; le trafic routier, c’est déjà plus idéologique – pourquoi pas un point « trafic ferroviaire » ?
Passons…
Mais l’évolution du CAC40, la hausse de telle valeur, les prises de bénéfices qui entraînent une baisse à la clôture, en quoi cela relève-t-il du service public ?
Six millions de « petits porteurs » sur une population majeure de 45 millions de personnes, cela représente 13%. France Inter considère donc cette minorité comme importante, plus que celle possédant des animaux de compagnie (17,5 millions de chiens et chats en France), par exemple, qui n’ont droit à aucune chronique.
En plus, sur ces 13%, on peut penser que la grande majorité a souscrit « à l’aveugle », en faisant confiance à son banquier pour un PEA (Plan Épargne Actions), et ne se soucie pas, chaque soir en se couchant, de savoir si ses actions ont gagné ou perdu quelques nanopourcents. Ce qu’il veut, l’épargnant, c’est toucher du 7% l’an.
Il existe en France quelques personnes, aux facultés mentales ou morales altérées, qui investissent plus gros en bourse, se passionnent vraiment pour les petites courbes, les gros bénéfices et l’appât du gain. Quand je serai au pouvoir, je les ferai soigner. En attendant, ceux-là, de même que les banquiers, les financiers, les spéculateurs, suivent l’évolution des cours et des valeurs en temps réel sur Internet, Bloomberg TV, lisent Les Échos, mais ce n’est certainement pas sur France Inter qu’ils vont dégoter des tuyaux pour leurs pompes à phynances.

Donc plusieurs fois par jour, sur une radio de service public, on nous embrigade sournoisement, on nous sert une douceâtre propagande en nous faisant croire que la bourse est aussi naturelle dans le paysage que la pluie et le beau temps, aussi inévitable que les bouchons sur l’A1 et les ralentissements Porte d’Orléans. La bourse, même si tout le monde s’en fout – et je pense que c’est véritablement tout le monde -, fait partie du décor ; et se trouve de facto légitimée cette organisation du monde qui place l’économie en général, et la finance en particulier, au cœur décisionnaire de notre société.
Grâce à Jean-Pierre Gaillard et à ses successeurs radiophoniques, on ne remet pas en cause le dogme de la croissance, les agences de notations, on ne pend pas nos banquiers, on comprend qu’il faut faire des sacrifices pour désendetter le pays ; grâce à Jean-Pierre Gaillard et à ses successeurs radiophoniques, on comprend que les salariés renoncent aux 35 heures, on sait que c’est dur, c’est la fin des RTT mais pour notre bien, c’est ça ou on déménage l’usine en Moldavie.
Grâce à France Inter, on comprend que le capitalisme est le stade ultime du service public.

(PS : je voudrais juste mentionner, avant d’oublier, les trois spécialistes censés représenter des points de vue différents qui débattaient l’autre jour sur France Inter à propos des retraites. Pas un n’a remis en question la place du travail dans notre organisation sociale. Pas un. Des années qu’il n’y a pas assez d’emplois pour satisfaire tous ceux qui « voudraient » travailler et personne ne se demande s’il ne serait pas temps d’en tirer des conclusions ! Enfin : personne sur France Inter… (sauf Mermet))

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R1 à St Germain, épisode 13 : la délocalisation sylvestre

Je misais sur deux.
Cinq, me disais-je, ce serait vraiment bien. Un succès. La légitimation par le chiffre d’un réveil aussi matinal.
Finalement, j’ai vendu dix-sept exemplaires de Qu’avez-vous fait de moi ? à La Forêt des Livres, soit certainement plus que n’en a commandé en cumulé l’Agitateur Culturel.
Quelle a été la part de la veste que j’étrennais ce jour-là – puisque définitivement elle ne servira pas pour mon mariage (ce qui était sa vocation initiale (pour la mairie)) – dans ma réussite ? Énorme je pense, me confirmant dans la certitude que dans une manifestation littéraire, plus vous vous accoutrez singulièrement, plus on vous prend pour un écrivain (alors que vêtu de la sorte à l’Epsom Derby Day, on m’eût pris pour un lad…).
La veste donc, je ne vois pas d’autre explication, car je ne crois pas avoir bénéficié de l’effet d’aspiration de mon voisin de stand :

Yves et Chucky étaient là tous les deux !

Le public d’Yves (eh oui, on est à tu et à toi tous les deux désormais…) s’est en effet dans l’ensemble assez peu intéressé à moi, sauf pour me demander de me décaler un peu, de me pousser, bref de sortir du cadre, ou alors de faire transiter jusqu’à l’Admiré le support pour l’autographe – remarquable disponibilité de l’Élu, jamais chiche en imitations sollicitées, souriant toujours, dis-po-ni-ble en un mot, un exemple pour tous les wannabe famous.

J’aurais pu davantage espérer recueillir des miettes d’intérêt de la part des inconditionnels de mes voisins de droite, mais ni Marc Lévy ni Alain Mabanckou n’osèrent se montrer à Chanceaux-près-Loches ; si je fais déjà peur à ce point dès mon premier roman, ça promet…
Je peux légitimement, vous en conviendrez, espérer ne devoir ces ventes colossales à personne, seulement à la curiosité de quelques-uns, qu’ils soient ici remerciés pour leur confiance, je n’en reviens toujours pas, et pourvu que je n’en revienne jamais… Fut-ce l’émotion de la première fois qui déforma ma perception de la réalité ? ces dix-sept là me parurent beaux, avenants, souriants et intéressants, au contraire d’autres visiteurs avec lesquels je bavardai également mais que leur frilosité intellectuelle (leur ascendance écossaise ? ou auvergnate ? mais il faut se méfier quand on parle d’auvergnats de nos jours…) me rendit moins sympathiques.

Sinon, j’ai mangé assis à côté de Jean-Jacques Debout, PPDA m’a répondu quand je lui ai parlé (j’avais un message à lui transmettre (je ne peux pas en dire plus, c’était un message personnel)), PIEM se déplace avec difficulté mais le regard pétille en tabernacle !, Hélène Grémillon n’a pas enlevé ses lunettes de soleil quand je suis venu me présenter à elle (parce qu’on est potes, talentueux et à découvrir, de Cultura) et Francis Lalanne existe pour de vrai.

Promis, dès que j’ai terminé le Jérôme Ferrari, bien parti pour entrer dans mon petit cercle de préférés, je me remets à parler de trucs intéressants.

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Chronique de ma lâcheté ordinaire

Il pleut de l’huile et du pétrole en Louisiane le PDG de Total a touché 2.7 M€ hors primes et bonus et 2009 je fume une clope sur mon balcon en regardant l’Église;

Ils cassent le lien social et les services public au nom de la compétitivité (on lutte contre qui exactement? et surtout pourquoi?…), Eric Woerth et ses amis ne voient pas le problème à ce que Mme Woerth travaille pour Liliane Bettancourt, Jean-François Copé assure qu’il maintient l’étanchéité entre son métier d’avocat d’affaires et ses fonctions politiques, à quoi ça sert de travailler, personne ne se pose la question mais quelle que soit la réponse on n’aura pas de retraite, j’écris un post sur mon blog, wouaw, trop révolutionnaire Erwan, arrête, tu vas te blesser;

Cent espèces disparaissent chaque jour dans le monde, pas les espèces de cons ni de salauds, ceux-là prolifèrent au contraire, c’est drôle comme dans la nature le Mal se développe toujours plus vite que le Bien, regardez le liseron, le chiendent, le cancer, le grégarisme, je prépare ma petite sauterie de sortie de roman pour début septembre et me demande qui je dois inviter, ma vie est vraiment compliquée… Mais compliquée…

Deux millions et demi de chômeurs en France, autant de travailleurs pauvres, soit un système socio-économique qui exclut entre 20% et 25% de la population, normal baby, c’est la crise, austérité, rigueur, cure d’amaigrissement, moins de profs (à quoi ça sert un prof, hein?), moins de fonctionnaires, plus de bornes automatiques, cet appel vous sera facturé 0.34€ la minute, je vais sur vos blogs et je lis beaucoup de jolies choses sur vos jolies vies d’esthètes, c’est important l’esthétisme, et l’esthétique aussi, de même que la beauté du langage, la pureté des mots, on trouve même parfois des photos et de la musique, de la délicatesse. Je n’hésite pas à laisser des commentaires, la solidarité, c’est mon dada.

Ah, j’allais oublier : on trouve de-ci de-là quelques guerres, hé m’sieur, m’sieur, il m’a volé mon territoire, il veut faire passer un oléoduc à travers ma forêt, il n’est pas d’accord avec moi, t’as vu la couleur de ses cheveux?, bang ! bang ! bang ! Heureusement des gens élus par nous prennent les problèmes à bras le corps, chassons de Nantes les affreux polygames qui font les fiers-à-bras, recevons Thierry Henry à l’Élysée, il y a quelque chose de pourri au royaume du football, Escalettes, démission, Sarkozy, t’es champion ! Je vais monter sur mon vélo et aller faire changer les verres de mes lunettes. Et peut-être m’arrêter en chemin acheter du pain bio au sarrasin – et mettre mes bouteilles vides dans les containers disposés à cet effet, qui distribuent en échange à qui veut de la bonne à accoler à sa conscience pour un trip top planant.

Je suis en colère, comme toujours.
Mais en plus, aujourd’hui, j’ai honte.

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La sodomie pour les nuls

Je crois qu’ils nous conditionnent. Ils préparent le terrain.
Austérité, se serrer la ceinture, faire des efforts, tout cela bien sûr pour sauver le pays, la Nation en danger, on ne peut pas faire autrement, pas d’autre solution, le FMI a validé, les Ministres des finances ont accepté, mais attention ! régime (des colonels si ça continue), mesures draconiennes, gagner moins et payer plus, baisse des salaires, indispensable, nécessaire, faillite, faillite, FAILLITE, faillite, faillite (alors, vous avez peur?)
On a compris.
Ce qui nous attend.
C’est comme pour les médicaments risqués, ou les vaccins : on teste toujours sur les pauvres, les habitants du tiers-monde et si ça marche, on lance sur le marché. Au début du millénaire, on avait déjà testé sur les Argentins, juste avant la Coupe du Monde de football 2002, c’était malin, du coup l’équipe de Batistuta, Veron, Zanetti, Aimar, Crespo, grande favorite, a raté sa compétition. Quand j’écris qu’on a « testé », ce n’est pas l’efficacité des mesures sur le bien-être de la population mais la propension de celle-ci à se révolter, à prendre le pouvoir, à pendre haut et court. Quelques « cacerolazos », quelques morts, quelques pillages et hop! le libéralisme politique a pu en Argentine poursuivre son pillage en règle du pays – un peu de com’, beaucoup de répression, changement d’hommes mais pas de système.
Aujourd’hui, on teste sur les Grecs et, si le peuple accepte sans rechigner de payer (cher) pour les spéculateurs du monde entier (car ce n’est pas autre chose qui se passe, arrêtez de nous enfumer), on peut considérer que nous n’en avons plus pour longtemps avant de subir le même sort. Remarquez, nous sommes prêts: dans cette position caractéristique de l’autruche, la tête dans le sable, notre fondement se trouve bien exposé, à bonne hauteur, tout prêt à recevoir l’offrande… Plus besoin d’aller se faire voir chez les Grecs pour pratiquer, il suffit d’attendre un peu.

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On y est presque (dans le mur)

Ce n’est pas si loin, la Grèce…
Vous savez, ce pays où les citoyens vont bosser jusqu’à 75 ans (pas grave, ils ont le régime crétois, ils vivent vieux…) avec des salaires gelés (pas grave, il fait chaud là-bas…) pour que Goldman Sachs continue à payer des bonus à ses traders.
Pas si loin du tout…

Mais continuons à faire comme si rien ne pouvait nous arriver – après tout, nous ne sommes pas des PIGS, nous, contrairement à tous ces méditerranéens basanés (vous avez remarqué comme la ligne géographique nous séparant du tiers-monde remontait vers le nord ?) -, comme si les mesures que nous préparaient le gouvernement n’étaient que des évolutions normales et naturelles destinées au bien-être de tous, des ajustements indispensables sur le chemin tout tracé du Progrès, on ne va tout de même pas refuser le Progrès, ni la Croissance, comment être contre la Croissance (vous ne voulez tout de même pas revenir à la bougie et aux diligences ?) et le Progrès ?
La Poste devient une banque et bientôt un opérateur de téléphonie mobile pendant que s’allongent les files d’attente aux guichets faute de personnel? C’est le Progrès, la Poste doit être compétitive, comme les autres ! Les sociétés d’autoroute crachent de la marge nette en veux-tu en voilà? On a bien fait de les privatiser, ainsi chacun peut avoir dans son petit portefeuille boursier quelques actions des ASF pour préparer ses vieux jours. EDF et GDF font des bénéfices records? Alors pourquoi venir leur chercher des poux avec l’augmentation des tarifs aux particuliers et les problèmes de sécurité sur les sites nucléaires? Et puisqu’on vous dit que la France va vendre des frégates, des Rafales et des missiles ! Pour engraisser Dassault et Lagardère? Oh là là, le mauvais esprit… C’est bon pour la balance du commerce extérieur et le PIB, faites-nous confiance, on s’y connaît, on est des spécialistes, on maîtrise notre sujet, c’est compliqué tout ça vous savez, faut pas écouter ceux qui simplifient à outrance, ceux qui mélangent tout. Il faut faire confiance à l’indépendance de la Justice (hein? quoi les Balkany?) et à l’impartialité de l’État (quels déplacements présidentiels dans des Régions?)

Oui, je sais, ce billet foutraque a des allures de macédoine.
C’est pas si loin la Grèce…

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Everlasting procrastination

Ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manqué, entre les pitoyables gesticulations de notre président (qui exige des excuses de la part d’un service public tellement démantelé depuis des années qu’il ne peut plus assurer ses missions correctement, on croit rêver !) et la grosse rigolade de la crise financière, dont on nous assure qu’on n’en sortira qu’en consommant plus – comme si nous n’étions pas assez gavés d’inutile…
A mesure que les démarques exultent – jusqu’à -70%, elle est pas belle, la vie? – et que la perspective d’une Saint-Barthélémy des banquiers s’éloigne, je perds confiance, je perds des forces, ma vigueur prosélyte et combattante s’étiole. Convaincre qui? De quoi? Plus d’humanisme? Moins de TF1? No logo? Mangez bio? Souriez?
A quoi bon?…
En 150 ans, rien n’a changé; pour s’en convaincre, rien de tel qu’un peu de Proudhon (trouvé dans Le Monde Diplomatique, janvier 2009) :

« Honte à cette nation lâche, pourrie de mercantilisme […] à sa bourgeoisie égoïste, matérialiste, sans foi ni esprit public, à son prolétariat imbécile toujours avide d’excitations et toujours prêt à toutes les prostitutions. » (décembre 1851)

« Croyez-vous que vous puissiez vivre longtemps de vos agios, de vos escomptes, de vos primes de vos hypothèques? […] Que nous serons satisfaits quand nous aurons à foison des compagnies de mines, canaux, chemins de fer, des banques de crédit, dépôt, épargne, assurance, circulation, escompte, compensation? […] Tout cela est matière; c’est le corps social, l’âme n’y est pas. C’est d’âme que nous avons besoin! » (mai 1853)

Malgré deux guerres mondiales, la Commune, des krach, crises, faillites; malgré des penseurs, des philosophes, des preuves flagrantes de l’injustice et de l’inhumanité de ce système, rien n’a changé.
Encourageant, non?

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